Crazy Orc, jeu de rôles et de figurines à Lyon
Vous êtes ici : Accueil » Souvenirs » Jeux de Rôle » Le Livre des Cinq Anneaux » Un voyage difficile

Un voyage difficile

D 25 février 2003     H 22:47     A Melchior     C 0 messages


Après une bonne nuit de sommeil, nos six héros se sentaient de taille à reprendre la route. Shise n’était pas mécontent de laisser derrière lui ce village détruit. L’odeur qui y régnait lui donnait la nausée.

Fushuto, de son coté, s’affairait à remballer son paquetage. Il pliait conscieusement sa couverture lorsqu’il se rendit compte qu’il lui manquait sa trousse de toilettes. C’était un cadeau de sa mère, il y tenait beaucoup.

  • Kobayashi, as-tu vu ma trousse de toilette verte ?
  • Non, désolé.
  • Où est-elle ?

Fushuto, résigné à la perte de son bien, fulminait. Shugaï, de son coté, exultait ! Une petite farce qui leur avait déjà fait perdre quelques minutes ! Ils finirent par se mettre en route. Malheureusement, le cheval de Takagi boitait et retardait le groupe.

  • Pourquoi traînes-tu, Takagi ? demanda Tamashi.
  • Je n’en sais rien. Le cheval n’a pas l’air blessé, pourtant…
  • Laisse-moi regarder, dit Tamashi en descendant de cheval.

Il se dirigea vers la monture de Takagi, puis il lui leva le sabot.

  • Hum ! Il manque un fer à cette pauvre bête. Pourtant, hier, il ne boitait pas…
  • Tu as raison. Hier, en l’étrillant, il avait ses quatre fers.
  • Que se passe t-il ? Fushuto s’était avancé pour voir de quoi il retournait.
  • Apparemment, le cheval de Takagi a perdu un fer pendant la nuit.
  • C’est ennuyeux. Nous sommes à cinq jours de cheval du premier forgeron. Nous allons facilement perdre deux jours, avec ça.
  • Les fortunes [1] ne sont pas avec nous aujourd’hui, répondit Takagi.

Shugaï était fier de lui ! Pendant son tour de garde nocturne, il avait bien travaillé. Souriant intérieurement, il émit un soupir comme pour compatir au malheur du groupe.

  • Megumi [2] doit être offensé. Nous devrions lui faire une offrande pour l’apaiser, dit-il.

La situation était idéale pour lui : il aurait sept jours pour préparer son prochain coup.

  • Tu as certainement raison, Shugaï. Au prochain temple, nous nous arrêterons pour brûler de l’encens, lui répondit Kobayashi, suspicieux.

L’intérêt de cette vipère de Scorpion pour le groupe lui semblait trop soudain. Ils se remirent en route, Takagi en fin de cortège, tenant son cheval par la bride.

Sept jours plus tard, ils arrivèrent dans un petit village. Il n’était pas bien grand, mais il avait un forgeron, une auberge et quelques commerces. Une immense demeure surplombait le village. Ses trois étages indiquaient qu’il s’agissait de la maison du seigneur de se village. Comme le veut la coutume Rokugani, ils devaient aller demander l’hospitalité au maître de céans. Mais comme on le sait, les coutumes ne sont pas toujours respectées dans le clan Licorne. Le petit nobliau prétexta une mère malade et alitée pour éviter d’avoir à nourrir six samouraïs. Surtout, ils feraient fonctionner le commerce de son village. Fushuto permit à ses compagnons de se détendre un peu dans le village. Pendant ce temps-là, il
réserverait des chambres. Shugaï partit seul dans son coin. Les autres se regroupèrent pour accompagner Takagi chez le forgeron. Shugaï, lui, de son coté, se demandait ce qu’il allait pouvoir faire pour retarder ses compagnons, lorsque la solution se présenta face à lui : deux rônins [3] discutaient a voix basse. Il entreprit de les rallier à sa cause contre un dédommagement monétaire.

A l’auberge Fushuto finissait de régler la note pour la nuit. Le prix était exorbitant pour une auberge aussi modeste ! Puis il partit rejoindre les autres. En sortant de l’auberge il fut bousculé par deux rônins.

  • Vous ne pourriez pas faire attention ? dit Fushuto sur un ton conciliant.
  • Non, saleté de Dragon.
  • Je ne vous ai pas insulté. Vous pourriez faire de même. Le fait d’être rônin n’empêche ni la politesse ni le savoir-vivre.
  • Tu n’as pas dû tout à fait comprendre, fils d’éta !
  • D’accord. Vous cherchez l’altercation. Savez-vous que je suis magistrat impérial et que n’aurais de compte à rendre à personne pour votre mort.
  • Nous ne sommes pas stupides. Nous allons nous battre en duel singulier. Mon ami sera le témoin. En duel, je pourrais t’éliminer sans craindre de représailles de la justice. Trouves-toi un témoin, que je puisse aller honorer ta mère au salon de thé d’à coté [4].
  • C’en est trop. Suis-moi, je m’en vais quérir mon témoin.

Joignant le geste à la parole, il se dirigea vers l’échoppe du forgeron. Kobayashi écoutait Takagi négocier au meilleur prix le remplacement de son fer. Pendant ce temps-là, Shise et Tamashi admiraient les différentes armes exposées dans le magasin. De l’excellent travail, sobre est robuste ! Kobayashi se tourna un instant, et vit arriver Fushuto, telle une tornade, suivie de près par deux rônins aux habits dépareillés et élimés.

  • Qu’y a t-il ?
  • Ces deux pantins m’ont défié en duel. J’ai besoin d’un témoin. Kobayashi, si tu veux bien…
  • Bien sûr.

Par on ne sait quel miracle, la population du village était déjà au courant du duel et s’était attroupée autour des deux protagonistes. Fushuto, un genou à terre, fermait les yeux pour essayer de se concentrer au milieu du bruit environnant. Pour sa part, le rônin souriait niaisement en regardant la foule autour de lui. Tamashi se dirigea vers Fushuto et l’interrompit dans sa concentration :

  • Méfie-toi, il à l’air louche, ce rônin. N’oublie pas qu’eux aussi ont eu un entraînement aux armes. Peut-être plus complet que le tien.
  • Merci pour tes encouragements, Tamashi.
  • Oh, mais de rien, mon ami !

Fushuto ne put réprimer un sourire. Ce crabe était vraiment sympathique ! Ce groupe entier l’était, sauf évidemment ce damné Scorpion. D’ailleurs, où était-il ? Fushuto ne le voyait nulle part dans la foule. Le seigneur du village, lui aussi prévenu de la rencontre inamicale, venait d’arriver, et jugea de bon ton de proposer ses services comme arbitre. Il demanda le silence, puis fit placer les combattants l’un en face de l’autre. Fushuto savait qu’il devait frapper le premier s’il voulait garder la tête sur les épaules, car le seppuku [5] serait la punition du perdant. Bien sûr, si le battu survivait au coup de son adversaire… Les deux adversaires se figèrent, focalisant leurs esprits pour infliger le coup le plus précis, le plus puissant possible, le coup qui ferait vaciller l’ennemi. Le signal fut donné par le Licorne qui arbitrait la rencontre. Ils dégainèrent tout deux leurs katanas. Malheureusement, Fushuto ne fut pas le plus rapide. Par chance, le coup ne fit que ripper sur son armure de bambou. A son tour, il frappa le rônin et fit mouche. Mortellement touché à la jugulaire, il s’effondra dans une mare de sang. Le sang gicla avec tant de force qu’il aspergea les trois spectateurs à la droite de Fushuto. Ecoeurés, les villageois retournèrent à leurs occupations. Takagi avança en direction du rônin, espérant pouvoir faire quelque chose pour le sauver. Il était trop tard, il rendit l’âme dans un dernier râle. Le second rônin, devant la vision de son ancien camarade proprement égorgé, préféra quitter les lieux au plus vite. Il salua Fushuto, lui accordant ainsi la victoire, et se dirigea vers les écuries de l’auberge. Il rentra avec précipitation et ne vit pas venir le katana qui lui arracha la vie. Shugaï essuya sa lame dans la paille pour retirer le sang qui la souillait. Ses rônins n’avaient vraiment pas été à la hauteur. Pourtant, il leur avait demandé de s’attaquer à l’un des deux shugenjas. Les imbéciles ! Il faudra trouver autre chose…

Fushuto examina sa victime sans y toucher, puis adressa une prière à Amateratsu pour le salut de son âme. Kobayashi s’approcha de lui, puis posa une main sur son épaule. Il connaissait bien les émotions qui envahissaient le cœur de son ami. Lui même les avait ressenties lors de son premier duel.

  • Tu n’as fait que ton devoir de samouraï. Tu as défendu ton honneur et celui de tes ancêtres.
  • Tu ne comprends pas, Kobayashi. C’était le premier être humain que...
  • Je sais.

Fushuto se releva, regarda son ami et comprit. Il l’avait vécu avant lui. Tous deux retournèrent à la forge. Tamashi et Takagi étaient assis devant le magasin, Shise faisait les cent pas devant le magasin. Fushuto et Kobayashi les rejoignirent, Shugaï les talonnait. Fushuto se racla la gorge, avant de prendre la parole.

  • Les chambres sont payées, nous pouvons aller nous installer quand nous le voudrons.

Tout le monde acquiesça d’un léger mouvement de la tête, Fushuto comprit que ce n’était pas ce qu’ils voulaient entendre.

  • Aux regards que vous me portez, je crois deviner que vous ne comprenez pas pourquoi j’ai tué mon adversaire.

Shise, à brûle-pourpoint, prit la parole :

  • Ne te fais pas de souci, nous comprenons tous tu as défendu ton honneur et ta vie tu n’avais pas le choix. C’était lui ou toi.
  • Merci, Shise.

Pendant un instant, seul le bruit des passants se fit entendre. Puis une sorte de grognement sourd émana de l’estomac de Tamashi. Gêné, il rougit. Les autres reprirent le sourire. Takagi se releva et dit :

  • Comme l’a fait remarquer notre ami Crabe, je crois qu’il est de l’heure de prendre un bon repas.

Tous rirent de bon cœur, au grand dam du pauvre Tamashi.

Précédent - Suivant

[1Anciennes divinités de Rokugan, toujours adorées par le peuple malgré le Tao de Shinse.

[2Fortune de la chance et des aventures.

[3Anciens samouraïs ayant été bannis de leurs clans pour des raisons obscures, généralement des faits déshonorants.

[4Endroit où travaillent les geishas.

[5Suicide rituel.

Dans la même rubrique

23 juin 2003 – L’ennemi se présente

23 juin 2003 – La volonté de Shise

11 mars 2003 – Les montagnes Juro-Jin

4 mars 2003 – Enfin une piste !

25 février 2003 – Le village de l’espérance infinie

Un message, un commentaire ?
Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?