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Un traître

D 13 janvier 2003     H 22:54     A Melchior     C 0 messages


Suite à l’entretien de nos héros avec le Champion d’Emeraude, l’aventure commence, et les premiers ennuis aussi.

Après deux semaines de voyages, où ils apprirent a faire plus ample connaissance, sauf avec Shugaï qui restait en retrait - peut-être volontairement -, nos six compagnons avaient bien progressés. Ils ne leurs restaient plus qu’une journée de cheval ; leurs montures commençaient à montrer des signes de fatigue. Fushuto, en tête, scrutait l’horizon, mais le paysage valloneux ne permettait pas de voir bien loin. Depuis trois jours ils n’avaient croisé ni emin [1] ni éta [2]. Le voyage était de plus en plus lassant pour les samouraïs. Shugaï, en queue de cortège, fredonnait un vieux chant de son clan. Sur sa droite des corbeaux, occupés à dépecer la carcasse d’un lapin, s’envolèrent, dérangés par un bruit suspect. Les cinq autres, en tête, n’avaient pas prêté attention à ce signe. Shugaï, intrigué, fit un léger écart du chemin. Arrivé à proximité de la carcasse, Shugaï eut l’impression que le temps s’était figé autour de lui, les chevaux de ses compagnons étaient fixés, identiques à des statues,les nuages dans le ciel n’avançaient plus. Shugaï réprima un frisson. Quoi qu’il arrive, il devait sauver son honneur. S’était-il assoupi, était-il entrain de rêver ? La douleur qui le projeta au bas de son cheval le ramena à la triste réalité. Une main noire venait de le projeter en lui lacérant le dos. Son armure dorsale s’était décrochée sous l’impact. Puisant dans son for intérieur, il trouva la force de se relever et de dégainer son katana pour faire face à son agresseur. Devant lui, une vision d’horreur : une ombre grimaçante le toisait du haut de ses trois mètres, ses mains se finissaient par des doigts en formes de rasoirs :

  • Shhhugggaï !!! siffla l’apparition.

Shugaï serra la garde de son katana à s’en faire blanchir les jointures des doigts ; avec la rapidité légendaire des bushis scorpions, il chargea,il frappa avec toute la force dont il disposait encore. S’il devait mourir, il ne le ferait pas sans combattre. L’ombre encaissa le coup sans broncher, le katana la traversa de part en part, déséquilibrant Shugaï. Le bushi s’étala aux pieds de l’ombre, complètement désarmé. L’ombre émis un rire strident, et d’un coup de pied le renvoya vers son cheval. Shugaï, les poumons en feux était à la merci de son agresseur. Il attendait le coup de grâce qui ne vînt pas. Il releva précautionneusement la tête. L’ombre s’était approchée à quelques centimètres de lui ; elle s’était assise. L’ombre le regarda avec son regard jaune haineux, puis lorsqu’elle comprit que sa victime ne pouvait plus se défendre, elle entama la conversation :

  • Shugaï, j’ai vu la noirceur de ton coeur et je te propose de te laisser la vie,acceptes-tu ?
  • Plutôt crever que de te devoir la vie, espèce de...

Les mots moururent au fond de sa gorge lorsque l’ombre se leva en prenant une posture menaçante :

  • Ne sois pas idiot, pauvre mortel, avec un doigt je pourrais te couper en deux, d’une pensée je pourrais te réduire en cendres, alors ne me provoque plus, faible créature.
  • Je t’écoute... répondit-il en hésitant.
  • Ma proposition est simple : j’ai lu tes pensées et je sais ce que tu es venu faire ici avec tes compagnons. Tu vivras en suivant mes instructions, si tu essaies de me doubler, tu mourras instantanément.
  • Et que m’offres-tu en échange ?
  • Je te trouve bien ambitieux, petit humain. Je te laisse la vie, n’est-ce pas suffisant ?
  • Ma philosophie personnelle et celle de mon clan ne me permettrait pas de trahir pour si peu.
  • Tu commences à me plaire, cloporte. Si tu réussis à retarder tes compagnons je te recontacterai... peut-être. Continues sur cette voie, mon maître aura certainement quelque chose d’autre pour toi.

Un flash illumina la scène, et Shugaï revint à lui sur son cheval, en parfaite santé, à la suite de ses compagnons. Ce rêve était vraiment étrange, mais la douleur qu’il sentait dans son dos lui disait qu’il s’était vraiment passé quelque chose. Takagi, percevant le trouble de Shugaï, vînt à son niveau :

  • Quelque chose ne vas pas, Shugaï ?
  • Non, tout va bien. Peut-être est-ce le voyage qui commence à me fatiguer.
  • Pourrais-je te soulager ?
  • Non, surtout pas. Je n’ai aucune confiance en la magie.
  • Commes tu voudras.

Le reste de la journée se passa sans problème. Le soir venu, ils arrivèrent sur les lieux du drame.

Le village de l’espérance infinie

Nos six compagnons descendirent de leurs chevaux au milieu des maisons calcinées. Ils devaient être sur ce qui avait été la place du marché. Fushuto qui avait pris les rênes de la petite troupe composa les équipes d’investigation. Bien sûr, il fit selon ses préférences. Il choisit Kobayashi et Takagi, Shugaï avec son air biaiseux ne lui inspirait vraiment pas confiance. Quant à Shise, il le jugeait à même de diriger l’autre groupe. Tamashi ne le génait pas, mais il préférait avoir avec lui le Shugenja le plus compétent. Et d’âprès lui, le phénix remplissait mieux le rôle.

Les groupes se séparèrent. Les deux dragons et le phénix partirent du côté ouest et le reste à l’Est. Fushuto et Kobayshi palabraient tout en visitant le site. Pendant ce temps là, Takagi relevait toute les anomalies sur un parchemin. En retournant une porte, il découvrit le corps d’un gobelin calciné ; chose étrange il était équipé entièrement d’armes d’excellentes qualité. N’ayant aucune connaissance des us et coutumes gobelinoïdes, il releva scrupuleusement les informations sur son parchemin. Les deux dragons continuaient à discuter du voyage et de l’attitude de Shugaï, lorsqu’un craquement leur fit tourner la tête. Ils eurent à peine le temps d’éviter une flèche qui vînt se planter à leurs pieds. Fushuto et Kobayshi se mirent à couvert.

  • Baissez la tête !!!

Un crépitement derrière eux les fit réagit de plus belle ; une boule de feu lécha leurs dos avant d’aller exploser un peu plus loin. Un gobelin enflammé partit en courant ; ses amis avaient eu moins de chance que lui : ils gisaient au sol complétement noircis, laissant dégager une odeur de chair cuite. Takagi roulait tranquillement le parchemin qui lui avait permis de lancer son sort. Les deux bushis se relevèrent, plein d’étonnement et d’effroi devant la puissance du sort.

  • Bravo Takagi ! dit Fushuto encore sous le choc de la déflagration.
  • Merci, cher Fushuto.
  • Je ne pensais pas que tu serais aussi prompt à réagir.
  • Méfiez-vous de l’eau qui dort, dit-il, un sourire en coin.

Tous trois rirent de bon coeur, puis allèrent voir les trois corps. Ces gobelins étaient aussi équipés d’armes neuves, juste sorties de la forge, et d’excellentes qualité. Kobayshi prit la parole.

  • C’est étrange, ils sont bien équipés. Regarde Fushuto, les marques de forge.
  • En effet, ces armes sont de manufactures licorne.
  • Oui, le Mon [3] est significatif.
  • C’est vraiment bizarre, en effet. Continuons nous trouverons certainement autre chose.

De l’autre côté du village, Shugaï et Shise marchaient en s’attendant à voir surgir un ennemi des ombres fantomatiques. Depuis l’explosion de la boule de feu à l’Ouest, ils avaient redoublé de vigilance. La tension des bushis était palpable. Pour sa part, Tamashi avait invoqué une glyphe de protection [4] dont l’aura magique le nimbait d’une faible lueur verte pâle.

Shise sursauta, il avait vu bouger quelque chose à la limite de son champ visuel. Il dégaina son katana, priant ses ancêtres afin qu’il lui accordent bénédiction pour le combat. Un ogre surgit des décombres ; la créature de trois mètres de haut tenait dans sa main un arbre arraché en guise de massue. L’ogre poussa un grognement et chargea. Shugaï fit un pas de côté pour éviter la charge trop lente de la créature, puis il dégaina son wakizashi [5] et le planta à l’arrière du genou de l’ogre, sectionnant les ligaments. L’ogre hurla de douleur. Il voulut se retourner, mais Shise était déjà sur lui, le frappant au niveau du thorax. L’ogre, malgré ses blessures, se releva. Il en profita pour asséner un revers de la main à Shise qui fut assommé sur le coup. Tamashi finissait de réunir l’énergie magique pour son sort, quand il vit Shugaï prendre un coup d’arbre dans les côtes, ce qui le projeta à dizaines de mètres de l’ogre. Il lanca sa frappe de jade [6] qui atteignit l’ogre en pleine poitrine. Le monstre avança encore de deux pas avant de s’effondrer, mortellement touché.

Tamashi sortit son Tanto [7] et égorgea l’ogre pour l’achever. Il se dirigea ensuite vers ses compagnons inconscients pour pratiquer les premiers soins grâce à un sortilège. Quelques minutes plus tard, les deux bushis étaient sur pied et en pleine possession de leurs moyens.

  • Merci Tamashi, je croyais ma dernière heure arrivée.
  • De rien, Shise. Mais si mon sortilège ne l’avait pas achevé, j’aurais certainement fini comme vous, et cet ogre n’aurait eu aucun mal à nous achever tous.
  • Je me demande ce que fait un ogre aussi loin de chez lui ?
  • Une tierce personne aurait pu l’influencer, mais il faudrait savoir aussi pourquoi, Shise.

Puis Tamashi se tut. Il regarda fixement Shugaï ; il lui avait semblé que pendant le combat il avait temporisé ses actions, laissant l’avantage à l’ogre. Ce n’était peut-être qu’une impression, mais après tout, un Scorpion ne vaudra jamais un bushi Crabe. Ils finirent leur inspection sans trouver d’indice concret, mis à part le suréquipement des cadavres gobelins frappés au Mon licorne.

Des histoires sur la place du marché

Trois quart d’heure plus tard, ils se retrouvèrent tous sur la place du marché. Takagi et Fushuto regardaient le shugenja phénix d’un nouvel oeil. Malgré ses airs pointilleux et ennuyeux, se cachait en lui une grande puissance, ce qui en faisait un allié sûr. Malheureusement, les autres membres du groupe ne le voyaient pas ainsi. Tamashi bailla à s’en décrocher les mâchoires. Takagi s’interrompit un instant, en fixant du regard le Crabe, puis reprit son rapport. De son côté, Shise écoutait rêveusement en repensant à l’humiliante défaites que lui avait infligé l’ogre. Shugaï, lui, écoutait d’une oreille discrète, ne pouvant s’empêcher de repenser à l’ombre. Ces mots résonnaient encore dans sa tête ; il devait absolument trouver quelque chose pour retarder les autres. Takagi finit enfin son rapport, attendant les éventuelles questions de ses camarades. Fushuto se leva et demanda :

  • Alors, Shise, que s’est-il passé de votre côté ? Depuis que vous êtes revenu, vous n’avez rien dit.
  • Excuse-moi, Fushuto, mais la journée a été longue, et je me sens fatigué. Tamashi, s’il te plait, raconte aux autres ce qui s’est passé.
  • Avec plaisir !

Le Crabe se leva pour conter l’altercation avec l’ogre. Il enjoliva volontairement les actions des bushis durant le combat, pour ne froisser personne. A la fin de son récit, il croisa le regard de Shise et crut y discerner de la gratitude. Fushuto reprit la parole :

  • Eh bien ! Je vois que le Champion d’Emeraude n’avait pas menti ; cette mission risque d’être dangereuse. Sur mon honneur, je trouverais le coupable de ces méfaits.

Shise secoua la tête, avant de prendre la parole.

  • J’ai l’impression que tu as une idée, pour être si optimiste.
  • En effet, comme Takagi l’a dit, les armes des gobelins ont été fabriquées dans le clan Licorne. Il nous sera donc facile de remonter jusqu’à l’acheteur. Je pense que le forgeron qui a fabriqué ces armes a dû garder une trace de la transaction dans ses registres.

Kobayshi n’était pas si sûr que la solution soit si évidente.

  • Fushuto, tu sais, ces armes ont très bien pu être fabriquées dans l’outre-monde. Quelqu’un aura pu ensuite maquiller les Mons, pour nous induire en erreur.
  • Ne t’inquiète pas ! J’avais déjà songé à cela. Je ne suis pas expert en artisanat gobelin, mais j’ai vu la qualité de ces armes. Aucunes de ces affreuses créatures ne pourraient en fabriquer d’aussi bonne facture. Mais tu n’as pas forcément tort, elles ont peut-être été fabriquées ailleurs dans Rokugan. Et cela nous le découvrirons, mes amis !
  • Je l’espère Fushuto, je l’espère...

La nuit était déjà bien avancée, ils décidèrent de monter le bivouac. Shise organisa les tours de garde. Il valait mieux être prudent. La nuit se passa sans encombre, sauf pour Tamashi qui eut du mal à trouver le sommeil : il pensait encore au combat contre l’ogre. L’attitude de Shugaï le dérangait vraiment. Il finit par s’endormir en pensant à une bouteille de saké accompagné d’une ou deux geïshas.

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[1homme productif dans l’ordre céleste, ex : marchand, cultivateur, pêcheur, etc.

[2homme improductif n’ayant pas sa place dans l’ordre céleste, ex : prostitué, fossoyeur, mendiants, etc.

[3Emblème rond représentant le symbole et l’appartenance à un clan ou une famille.

[4Sort protégeant des créatures de l’outre-monde.

[5Arme identique au katana mais plus courte. Elle mesure environ soixante centimètres.

[6Le jade a pour particularité d’affecter gravement les créatures de l’outre-monde et les êtres humains affligés de souillures.

[7Idem que le wakizashi en plus petit, environ trente centimètres.

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