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Le village de l’espérance infinie

D 25 février 2003     H 22:47     A Melchior     C 0 messages


Nos six compagnons descendirent de leurs chevaux au milieu des maisons calcinées. Ils devaient être sur ce qui avait été la place du marché.

Fushuto, qui avait pris les rennes de la petite troupe, composa les équipes d’investigation. Bien sûr, il fit selon ses préférences. Il choisit Kobayshi et Takagi. Shugaï, avec son air biaiseux, ne lui inspirait vraiment pas confiance. Quant à Shise, il le jugeait à même de diriger l’autre groupe. Tamashi ne le gênait pas, mais il préférait avoir avec lui le shugenja le plus compétent, et pour lui, le phénix remplissait mieux ce rôle.

Les groupes se séparèrent, les deux dragons et le phénix partirent du coté ouest, et le reste à l’est. Fushuto et Kobayshi palabraient tout en visitant le site. Pendant ce temps-là, Takagi relevait toutes les anomalies sur un parchemin. En retournant une porte, il découvrit le corps d’un gobelin calciné. Chose étrange, il était équipé entièrement d’armes d’excellente qualité. N’ayant aucune connaissance des us et coutumes gobelinoïdes, il releva scrupuleusement les informations sur son parchemin. Les deux dragons continuaient a discuter du voyage et de l’attitude de Shugaï, lorsque un craquement leurs fit tourner la tête. Ils eurent juste le temps d’éviter une flèche qui vint se planter à leurs pieds. Fushuto et Kobayshi se mirent à couvert.

  • Baissez la tête ! ! !

Un crépitement derrière eux les fit réagir de plus belle. Une boule de feu lécha leurs dos avant d’aller exploser un peu plus loin. Un gobelin enflammé partit en courant ! Ses trois comparses avaient eu beaucoup moins de chance : ils gisaient au sol, complètement noircis, laissant dégager une odeur de chair cuite. Takagi roulait tranquillement le parchemin qui lui avait permis de lancer son sort. Les deux bushis se relevèrent plein d’étonnement et d’effroi devant la puissance du sort.

  • Bien joué, Takagi ! dit Fushuto, toujours pas remis de la déflagration.
  • Merci, cher Fushuto.
  • Je ne pensais pas que tu serais aussi prompt à réagir !
  • Méfiez vous de l’eau qui dort…
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Un bon gobelin
est un gobelin mort.

Tous trois rirent de bon cœur, puis ils allèrent voir les trois corps. Ces gobelins étaient aussi équipés d’armes de bonne qualité. Celles-ci étaient neuves, juste sorties de la forge. Kobayshi prit la parole :

  • C’est étrange, ils sont plutôt bien équipés. Regarde, Fushuto : les marques de forges.
  • En effet, ces armes sont de manufacture Licorne.
  • Oui. Le mon [1] est significatif.
  • C’est vraiment bizarre, en effet. Continuons, nous trouverons certainement autre chose.

De l’autre coté du village, Shugaï et Shise marchaient en s’attendant à voir surgir un ennemi des ombres fantomatiques. Depuis l’explosion de la boule de feu à l’ouest, ils avaient redoublé de vigilance. La tension des bushis était palpable. Pour sa part, Tamashi avait invoqué une glyphe de protection [2], l’aura magique le nimbait d’une faible lueur verte pâle. Shise sursauta, il avait vu quelque chose bouger à la limite de son champ visuel. Il dégaina son katana, priant ses ancêtres pour qu’ils lui accordent leur bénédiction pour le combat. Un ogre surgit des décombres, la créature de trois mètres de haut tenait dans sa main un arbre arraché en guise de massue. L’ogre poussa un grognement et chargea. Shugaï fit un pas de coté pour éviter la charge trop lente de la créature. Il dégaina son wakizashi [3] et le planta dans l’arrière du genou de l’ogre, sectionnant les ligaments. L’ogre hurla de douleur. Il voulut se retourner, mais Shise était déjà sur lui, le frappant au niveau du thorax. L’ogre, malgré ses blessures, se releva, et en profita pour assener un revers de la main à Shise, qui fut assommé sur le coup. Tamashi finissait de réunir l’énergie magique pour son sort, quand il vit Shugaï prendre un coup d’arbre dans les cotes, qui le projeta à une dizaine de mètres de l’ogre. Il lança sa frappe de jade [4] qui atteignit l’ogre en pleine poitrine. Le monstre avança encore de deux pas avant de s’effondrer, mortellement touché. Tamashi sortit son tanto [5] et égorgea l’ogre pour l’achever. Puis il se dirigea vers ses compagnons inconscients pour pratiquer les premiers soins grâce à un sortilège. Quelques minutes plus tard les deux bushis était sur pied et en pleine possession de leurs moyens.

  • Merci, Tamashi. Je croyais ma dernière heure arrivée.
  • De rien, Shise. Mais si mon sortilège ne l’avait pas achevé, j’aurai certainement fini comme vous, et il n’aurait eu aucun mal à nous achever.
  • Je me demande ce que fait un ogre aussi loin de chez lui.
  • Peut-être que quelqu’un l’y a poussé. Mais il faudrait savoir aussi pourquoi, Shise.

Puis Tamashi se tut, et regarda fixement Shugaï. Il lui avait semblé que pendant le combat, il avait temporisé ses actions, laissant l’avantage à l’ogre. Ce n’était peut-être qu’une impression, et après tout un Scorpion ne vaudrait jamais un bushi Crabe. Ils finirent leur inspection sans trouver d’indices concrets, à part le suréquipement des cadavres gobelins frappés au mon Licorne.

Trois quarts d’heure plus tard, ils se retrouvèrent tous sur la place du marché. Takagi entama le rapport, en s’attardant sur le moindre détail. Kobayshi et Fushuto regardaient le shugenja Phénix avec un nouvel œil. Malgré ses airs pointilleux et ennuyeux, il se cachait en lui une grande puissance et un allié sûr. Malheureusement, les autres membres du groupe ne le voyaient pas ainsi. Tamashi bailla à s’en décrocher les mâchoires. Takagi s’interrompit un instant en fixant du regard le Crabe, puis reprit son rapport. De son coté, Shise écoutait rêveusement et repensait à l’humiliante défaite que lui avait infligé l’ogre. Shugaï, lui, écoutait d’une oreille discrète, et ne pouvait s’empêcher de repenser à l’ombre. Ses mots résonnaient encore dans sa tête. Il devait absolument trouver quelque chose pour retarder les autres. Takagi finit enfin son rapport, et attendait les éventuelles questions de ses camarades. Fushuto se leva et demanda.

  • Alors, Shise, que s’est-il passé de votre coté ? Depuis que vous êtes revenus, vous n’avez rien dit.
  • Excuse-moi, Fushuto, mais la journée a été longue et je me sens fatigué. Tamashi, s’il te plaît, raconte aux autres ce qui s’est passé.
  • Avec plaisir !

Le Crabe se leva pour conter l’altercation avec l’ogre. Il enjoliva volontairement les actions des bushis durant le combat, pour ne froisser personne. A la fin de son récit, il croisa le regard de Shise et crut y discerner de la gratitude. Fushuto reprit la parole :

  • Eh bien ! Je vois que le champion d’Emeraude n’avait pas menti. Cette mission risque d’être dangereuse, et sur mon honneur, je trouverais le coupable de ses méfaits !

Shise secoua la tête avant de prendre la parole.

  • J’ai l’impression que tu as une idée, pour être si optimiste.
  • En effet, comme Takagi l’a dit, les armes des gobelins ont été fabriquées dans le clan Licorne. Il nous sera donc facile de remonter jusqu’à l’acheteur. Je pense que le forgeron qui a fabriqué ces armes a dû garder une trace de la transaction dans ses registres.

Kobayshi n’était pas si sûr que la solution soit si évidente.

  • Fushuto, tu sais, ces armes ont très bien put être fabriquées dans l’outre-monde. Ensuite, quelqu’un aura maquillé les mons pour nous induire en erreur.
  • Ne t’inquiète pas, j’y avais déjà pensé. Je ne suis pas expert en artisanat gobelin, mais j’ai vu la qualité de ces armes, et aucune de ces affreuses créatures ne pourraient fabriquer de telles armes. Mais tu n’as pas forcement tort, elles ont peut-être étaient fabriquées ailleurs dans Rokugan, et ça, ont va le découvrir, mes amis !
  • Je l’espère, Fushuto, je l’espère.

La nuit était déjà bien avancée, ils décidèrent de monter le bivouac. Shise organisa les tours de garde, il valait mieux être prudent. La nuit se passa sans encombre, sauf pour Tamashi qui eut du mal à trouver le sommeil. Il pensait encore au combat contre l’ogre : l’attitude de Shugaï le dérangeait vraiment. Il se tourna, et finit par s’endormir en pensant à une bonne bouteille de saké accompagné d’une ou deux geïshas.

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[1Emblème rond représentant le symbole et l’appartenance à un clan ou une famille.

[2Sort protégeant des créatures de l’outre-monde.

[3Arme identique à un katana, mais plus courte. Elle mesure environ soixante centimètres.

[4Le jade a pour particularité d’affecter gravement les créatures de l’outre-monde et les êtres humains affligés de souillures.

[5Pareil que le wakizashi en plus petit, environ trente centimètres.

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